« EXARCHEÏA, PLUS QU’UN BASTION ANARCHISTE, UN LIEU DE CROISEMENT DES TRAJECTOIRES »

September 28, 2016

INTERVIEW DE DIMITRIOS MASTOROS ET NICOLAS WOUTERS

 

 

Dans Exarcheïa : l’orange amère, le dessinateur Dimitrios Mastoros (Schooligans) et le scénariste Nicolas Wouters (Les pieds dans le béton) suivent les errances de Nikos, un étudiant en mal de repères plongé un peu malgré lui dans la réalité quotidienne du quartier anarchiste d’Athènes. Rencontre avec les deux auteurs dans un bistrot bruxellois.

 

 

MPP : Pourquoi consacrer une BD au quartier d’Exarcheïa ?

Dimitrios : J’ai passé mon adolescence là-bas. Puis, à Saint-Luc, je me suis rendu compte en réalisant des projets de fin d’année que la Grèce est un sujet qui me touche. J’ai donc choisi Exarcheïa, mais il y a vraiment beaucoup à en dire, alors, avec Nico, on a décidé de faire ça à deux.

 

Comment s’est déroulée la préparation de l’album ?

Nicolas : On avait étudié ensemble, donc on se connaissait, et j’avais déjà fait une BD comme scénariste. Dimitri m’a proposé de travailler avec lui sur un projet, ce qui me bottait bien. On s’est alors demandé si on faisait quelque chose de complètement original. Mais j’aimais bien ce qu’il avait fait sur le quartier grec d’Exarcheïa...

D. : Donc, la base de ce projet, c’était le travail de fin d’études à Saint-Luc, en fait.

N. : Il y avait une dizaine de pages. Je lui ai dit qu’on pouvait essayer de faire un grand projet là-dessus ; il était chaud, alors... Dimitri m’a raconté plein d’anecdotes du quartier et je suis allé passer du temps avec lui là-bas, rencontrer sa mère qui vit là et m’imprégner du quartier. Puis j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver à ce sujet sur internet.

D. : J’ai envoyé un gros dossier à Nico avec des particularités et des souvenirs d’enfance, des histoires vécues ou entendues...

 

Qu’on retrouve dans la BD ?

D. : Qu’on retrouve, mais je n’irais pas jusqu’à dire que c’est autobiographique ; les souvenirs sont là pour agencer l’histoire. Je racontais des souvenirs et puis Nico imaginait la trame autour, en les insérant dedans.

N. : L’idée, c’était d’articuler ces anecdotes autour d’une grande histoire, donc de trouver une idée. Le personnage central est inspiré de Dimitri [la ressemblance physique est en effet frappante – NDLR] et en même temps, il s’appelle Nikos, donc il y a une espèce de mélange. Dans les anecdotes que Dimitri m’a confiées, j’ai fait un tri en fonction de la dramaturgie de l’histoire, qu’on a discutée à deux et qui se voulait légère : on voulait ménager le personnage principal, qui est en réalité le quartier.

D. : Ce qui est trippant, c’est qu’on l’a appelé Nikos sans trop y penser, parce qu’il nous fallait un nom provisoire et que c’est le prénom classique grec. Et finalement, après, c’est resté Nikos.

MPP : Dans l’imaginaire collectif, Exarcheïa évoque un quartier autogéré et solidaire peuplé depuis plus de cent ans par des poètes, des artistes et des philosophes. C’est une dimension qu’on retrouve encore aujourd’hui ?

D. : Un peu toujours, oui. De l’extérieur, si quelqu’un vient, c’est ça qu’il va entendre, ça qu’il va voir, c’est l’ambiance un peu partout. Exarcheïa a été et reste toujours un épicentre de culture : les universités, les imprimeries, les librairies sont très présentes. Et ça a toujours été un lieu contestataire. Mais mis à part ça, ce qu’on voulait montrer, tout en composant un hymne au quartier, c’est aussi le risque que quelque chose se soit perdu. Avec tous les enjeux d’Exarcheïa, ça peut être aussi une certaine façade.

 

Les associations, les repas collectifs, les actions solidaires, ça se perd ?

D. : Non, les associations sont très présentes, ça c’est clair. Mais tellement présentes aussi, et avec tellement de mentalités différentes - ne serait-ce que dans les différentes strates d’anarchisme - que, parfois, elles se mettent des bâtons dans les roues, ne sont pas en accord, ou simplement proposent des actions inintéressantes ou irréalisables. Évidemment, il y a aussi de grands bastions anarchistes, qui font des choses très intéressantes et très concrètes. Récemment, il y a eu un grand engouement par rapport à la crise des migrants, par exemple (mais on a commencé la BD avant cette crise). On a choisi un exemple concret et quotidien, qui se révèle finalement très important : un parking repris par différents groupes d’accord sur l’idée de le transformer en parc. C’était une symbolique de cette entente.

 

Vous rendez également hommage aux pointures actuelles du street art athénien, comme WD, Lotek, Raiden ou Carpe Diem...

 

D. : Ce n’est pas un hommage, c’est juste que c’est très présent.

N. : C’est là, partout ; c’est vraiment en toile de fond. Sur chaque mur, il y a ces tags. C’était important d’incarner aussi le quartier et de faire une référence directe aux artistes qui sont derrière. C’est un peu la dynamique du livre : aller voir au-delà de la première impression qu’on peut avoir. Le fait de cibler les gens qui sont effectivement actifs là-bas, c’était une manière de faire ça. Ils seront contents d’être dans la BD ! [Rire]

D. : WD est devenu hyperactif dans le quartier, il fait des énormes trucs, très imposants. Je lui ai demandé la permission de faire ça et il me l’a donnée.

 

Oui, parce que tu as carrément reproduit une de ses œuvres dans la BD ?

D. : C’est ça. Et il m’a dit oui avec grand plaisir. S’il fallait n’en choisir qu’un, WD est vraiment caractéristique de ce qui se fait en ce moment.

N. : C’est une œuvre qui est apparue plus ou moins quand on était là-bas. Et c’est aussi ça : on va se promener le matin, on voit cette œuvre sortie de nulle part, c’est impressionnant.

D. : Quand je dessinais les rues du quartier pour l’avant-projet, je mettais bien en avant ces tags, parce je savais qu’ils étaient là. Et quand Nico est venu, il a vu qu’effectivement, c’est vraiment une présence qu’on ressent à chaque fois. Il n’y a pas un seul mur blanc.

« Il n’y a pas un seul mur blanc. »

 

N. : Celui-là était explicitement dans le scénario. On voulait dire : ce tag-là est là.

 

Un personnage cite aussi le chanteur contestataire Nikolas Asimos : « Sans drapeau, sans idées et sans solutions, journées déguisées en saveur de nuit... Mon âme désormais vole vers l’infinie oisiveté ». Asimos est mort il y a presque 30 ans ; les grandes figures du passé sont encore fort présentes à Exarcheïa ?

D. : Asimos oui, même après sa mort, c’est une star, c’est une grande figure de proue d’Exarcheïa. Mais il n’a pas fait toujours fait des choses super non plus, hein, il faisait aussi des trucs bizarres. Il foutait le feu à des chiens, ce genre de choses. Mais c’était quand même cette espèce de figure de poète maudit, qui a fait des chansons provocatrices, qui s’est suicidé, etc. Il y a aussi Christakis, que ma mère me faisait lire quand j’étais gosse. Comme on ne pouvait pas faire un chapitre documentaire sur le quartier, Nico a mis ces souvenirs dans la bouche du vieux.

N. : Ils sont à leur place, j’imagine, dans la mémoire des anciens.

 

Tu citais Christakis, « l’historien du quartier », véritable légende, apparemment ?

D. : Il est mort il y seulement quelques années. Il a publié des livres qui racontaient l’Athènes et l’Exarcheïa de l’époque. Un très beau livre, notamment, Exarcheïa n’existe pas sur les cartes ou dans la mémoire, relate son quotidien, sans doute beaucoup plus sombre que celui qu’on décrit dans le bouquin et qui a disparu complètement.

 

Et puis il y a ce chien anar’ bouffeur de flics... Pure invention ?

N. : Non, non, il existait ! C’était vraiment aussi une des bases du projet. En réalité, il y a eu plusieurs chiens anarchistes. Mais celui à roulettes nous paraissait être un personnage à part entière.

D. : Quand j’ai envoyé un dossier à Nico avec les différents trucs un peu caractéristiques du quartier, j’ai mis aussi ce chien. Et quand Nico m’a renvoyé une écriture du scénario, il a placé le chien en personnage ; je n’y avais pas du tout pensé. Il est inspiré d’un chien qui avait été mis en avant pendant les manifs et qui accompagnait les anarchistes. Du coup, même une espèce de presse un peu débile s’est intéressée à ça, et puis ce chien a eu un problème, il avait des roulettes, et finalement il est mort et enterré quelque part près de l’école polytechnique. Mais une plus grande star, venue après, c’est le chien Loukanikos (ça veut dire « saucisse »), qui lui aussi était un chien anarchiste, qui n’avait pas de roulettes, et qui est aussi mort de vieillesse. Donc, il y a toujours eu des chiens contestataires. Ce qui est rigolo, c’est que, quand il est mort, il y a eu des hommages vraiment dans toute l’Europe : il y a eu des tags partout dans Athènes ; j’ai été à Madrid récemment, il y a un bar à son nom (le bar « Loukanikos ») ; et j’ai vu d’autres bars, dans un quartier qui me rappelle Exarcheïa à Madrid (Lavapiés), où ils vendent des t-shirts avec une parodie du logo de Puma en Loukanikos...

 

Pour autant, l’actualité que vous décrivez n’est pas vraiment enjolivée : hostos surpeuplés, toxicomanes attirés par la perspective de l’impunité, immigrés squatteurs, descentes de flics, ... C’est aussi ça, la réalité d’Exarcheïa, aujourd’hui ?

N. : Ce qui est super intéressant avec Exarcheïa et qui est vraiment aussi un des moteurs du projet, c’est que, plus qu’un bastion anarchiste, c’est vraiment un lieu de croisement de plein de trajectoires différentes. C’est un point névralgique où des destinées très différentes se croisent. J’étais très impressionné d’apprendre, au début, que les junkies étaient un peu poussés vers Exarcheïa par les autorités pour que celles-ci puissent, après, stigmatiser le quartier en prétendant qu’il est livré en pâture à l’anarchie et, du coup, à la toxicomanie. C’est à la fois ça et à la fois aussi un lieu de protection où les immigrés peuvent aller sans être forcément aussi mal traités que dans un Athènes très impersonnel et très hostile. Et ces trajectoires-là sont très importantes.

 

D’où un risque de montée de l’intolérance ? Dans le livre, les squatteurs et les tox semblent être vécus comme un véritable fléau par certains habitants du quartier...

D. : Oui, c’est un débat permanent : on ne va pas chasser les junkies parce qu’il y a une compréhension que ce sont aussi des victimes. Mais forcément, parfois, il y a des conflits et ce sont les sales gueules qu’on voit. Il y a sûrement une violence d’État qui les pousse là. Déjà, à côté d’Exarcheïa, il y a Kolonaki, qui est un quartier très bourgeois ; là-bas, ils ne vont pas s’aventurer parce qu’ils vont d’office être ramenés... Du coup, on ne va pas dire qu’on crée un paradis pour junkies, mais on les garde ; on l’accepte et en même temps, on ne tolère pas tout. Il y a dans les comités de quartier des projets pour aider spécifiquement ces gens.

 

« Il y a sûrement une violence d’État qui les pousse là. »

 

Ça se gère comment ?

D. : Quand les comités de quartier organisent, par exemple, un bazar ou une vente, ils poussent les junkies à participer aussi, à créer des trucs, à raconter leur histoire. Parce que ça, ce sont des actions qu’ils peuvent faire sur le moment (ils ne disposent pas de centres de désintoxication, par exemple). Et en même temps, c’est la question de la réappropriation des lieux communs, parce que ça va par moments : parfois, les junkies sont sur la place, qui alors prend un ton plus sombre (tu sais que tu peux aller trouver ta came, etc.) ; et parfois, il y a des groupes d’anarchistes qui les virent pour reprendre les lieux communs.

 

Comme dans cette case où on voit une banderole : « Pas de drogue sur la place » ?

D. : Oui et ça, d’ailleurs, c’est authentiquement en français dans le texte dans le quartier. Parfois, ils l’écrivent en plusieurs langues. (Il y a des panneaux sur la place qui présentent le débat du moment, que ce soit une libération de camarade, les junkies, ...) Donc, il y a vraiment ce questionnement : qu’est-ce qu’on en fait ? On ne peut pas les laisser là, donc on les vire, parfois on les aide...

N. : C’est un lieu en pleine ébullition tout le temps et en plein questionnement. Il n’y a pas de réponse unique à cette problématique, puisqu’elle est très ambivalente : d’une part, ce sont des gens en difficulté, donc il y a une logique de protection vis-à-vis de cette population ; mais d’autre part, il y a un rejet de la délinquance. Et on se retrouve, c’est ce qu’on a essayé de montrer, face à des situations très paradoxales.

 

Il y a d’ailleurs cette case où Tzibis s’oppose à des riverains qui s’apprêtent à molester un héroïnomane et où il les compare aux partisans d’Aube Dorée...

N. : C’est authentique, ça. C’est un mec qu’on a rencontré, un photographe belge qui vit à Athènes...

D. : Il avait carrément suivi un groupe d’anarchistes pendant une nuit (je ne sais plus lequel, sans vouloir protéger personne). Ils lui ont dit : « viens avec nous, ce soir on va faire de l’activisme » et il les a vus exercer une violence démesurée à l’encontre des junkies et même des habitants du quartier qui s’opposaient à eux. La réplique de Tzibis concernant Aube Dorée est directement inspirée de son commentaire.

N. : On a mis ça dans la bouche du personnage parce que ça rendait tout à fait cette ambiguïté. Mais on ne voulait pas non plus figer le récit dans une temporalité trop définie, parce qu’il s’est déjà passé beaucoup de choses depuis qu’on l’a écrit. C’est d’ailleurs une question qu’on me pose souvent : « quand est-ce que ça se passe exactement ? est-ce avant Tsípras ? », etc. Or, c’est une volonté délibérée de notre part d’écrire une histoire qui reste d’actualité. Ce qu’on peut imaginer perdurer à Exarcheïa, c’est justement cette atmosphère qu’on a voulu dépeindre.

D. : On montre des choses assez dures ou choquantes, mais à Exarcheïa, cette violence visuelle est un quotidien. Pour les gens, ce n’est pas ça le plus choquant - des émeutes, il y en aura d’autres et des chiens errants qui meurent, il y en aura d’autres. Le problème, ce sont les enjeux qui ne sont pas relevés. C’est un combat continu. La BD se déroule plus ou moins sur un été ; c’est un été qui aurait pu être n’importe lequel et qui est perpétuel.

N. : Quand on est dans l’engagement, il faut toujours être dans la résilience, parce que forcément, il y a des choses qui ne marchent pas et on se prend des claques. Et le personnage de Tzibis est typiquement ce personnage résilient. Il est un peu à l’image de ce quartier qui se redresse toujours, qui fait toujours face aux déconvenues et qui s’inscrit justement dans le temps. C’est un quartier très résilient, à sa manière.

 

« C’est un quartier très résilient, à sa manière. »

 

D. : Tzibis est, dans son discours, inspiré de quelqu’un que je connais, très actif dans le quartier, mais de manière assez discrète. C’est quelqu’un qui a toujours vécu là, qui plante des trucs dans le parc, ... C’est toute une mentalité.

 

Il est aussi question d’une crèche à Zaïmi. Là, je vous avoue que malgré mes recherches, je n’ai rien trouvé...

D. : Zaïmi, c’est une rue où il y avait un squat, qui n’existe plus. Ces squats perdurent parfois des années et puis soudain, il y a une grande opération de police qui les ferme. Zaïmi, c’était typiquement un endroit qu’ils ont essayé de démoniser. Il y a des vieux bâtiments néoclassiques très beaux dans Exarcheïa, qui sont laissés à l’abandon. Certains anarchistes et activistes reprennent ces lieux pour en faire des crèches, des salles de cours ou des lieux de vie. Mais il y a des gens qui présentent ces endroits comme des repaires d’héroïnomanes, alors que concrètement, parfois ce sont vraiment juste des crèches.

 

L’album évoque également certains épisodes tragiques de l’histoire grecque, comme les déportations d’opposants et dissidents vers le camp de concentration de Makronissos entre 1946 et 1960. Le quartier d’Exarcheïa a été particulièrement touché par ces rafles ?

D. : Non. Ce n’était pas ciblé, c’était vraiment dans toute la Grèce. Tout le monde a eu un proche déporté. C’est ce qui se ressent dans les discussions avec les vieux, les anciens communistes et les mecs qui étaient de gauche pendant la dictature. Au-delà d’Exarcheïa, on voulait montrer qu’il y a ce passé commun douloureux en Grèce. Des déportations, il y en a eu dans chaque famille, et c’est un truc dont on ne parle pas forcément.

 

À une seule exception près, les formes (non contourées) s’inscrivent dans un lavis sépia. Pourquoi ce choix (photo)graphique ?

N. : Ça participe d’une impression qu’on voulait donner. À partir du moment où on voulait ancrer le récit dans le quartier, il fallait une forme de réalisme, au moins au niveau des décors et du contexte. Le projet que Dimitri avait fait au début était à l’encre de Chine, en noir et blanc pur, sans lavis. Mais je pense que tu voulais relever le défi aussi de t’atteler à une technique que tu voulais approfondir ?

D. : Oui, c’était plus intéressant d’aller justement dans les nuances et de jouer avec cette dualité des personnages un peu caricaturaux, un peu monstrueux, avec quand même un décor beaucoup plus réaliste. Tout le défi qu’on a essayé d’approfondir avec cette technique, c’est de rendre à la fois le côté sombre, gris, bétonné et le côté chauffé à blanc par le soleil, avec les dessins partout.

N. : On n’a pas fait pas le dessin en fonction de l’histoire, puisque tout s’est fait en parallèle. C’est-à-dire qu’après les premiers dessins de Dimitri, on a continué à écrire l’histoire et on a adapté la tonalité du récit au dessin. Au final, c’est une sorte de dialogue entre ce qu’on raconte et comment on le raconte. C’est un peu l’œuf ou la poule.

D. : Oui, parce que Nicolas, qui dessine lui aussi, a ce regard sur le dessin ; plus on avance, plus il anticipe mes angles ou mes découpages ; du coup, on pense ensemble.

 

Hormis les onomatopées, calligraphiées en alphabet grec (ΣΝΙΦ !), il y a relativement peu de textes ; choix narratif délibéré ?

N. : Oui, c’est une philosophie d’écriture que j’avais, en tout cas à ce moment-là (et que mon grand-père ne comprend pas du tout – il me dit : « t’écris des BD et il y a des pages où il n’y a pas de texte... donc tu ne fous rien ») et je pense que c‘est aussi une volonté qu’on a tous les deux d’aller à l’économie. Ce qui passe par l’image n’a pas besoin du texte. Donc sur la fin, on a enlevé pas mal de texte. Le début est un peu plus verbeux, parce qu’il faut exposer des choses et personnages et forcément, les dialogues aident à ça. Mais une fois que la mécanique est lancée, on peut raconter plein de choses par l’image. Et vu qu’on veut faire un récit immersif avec beaucoup d’atmosphère, le texte n’intervient que quand il est vraiment nécessaire.

 

La BD s’ouvre sur ce proverbe grec : « Maintenant que la mer s’est changée en yaourt, on n’a plus de petite cuillère. » Cette résignation face à l’absurde, c’est un peu l’état d’esprit qui prévaut en Grèce actuellement ?

N. : Comme pour tout bon proverbe, le sens nous échappe un peu...

D. : C’est un truc que disait mon père, et qui n’est pas forcément super connu. C’est laissé à ton interprétation. Moi, à la base, je pense que ça veut dire : « maintenant qu’on a l’opportunité, on n’a plus les moyens » ou « il ne suffit pas d’être engagé, parfois ça ne suffit pas, parfois le contexte n’est pas là ».

N. : À la base, on voulait le faire dire par un personnage. Mais on n’y arrivait pas. Et comme on l’aimait bien quand même, on l’a mise en épigraphe.

D. : Les proverbes grecs sont très imagés. C’est toujours très chouette parce que, traduits en français, ils prennent une autre dimension.

 

 

Je ne vous ai d’ailleurs pas parlé d’ « orange amère ». C’est volontaire. Laissons au lecteur le plaisir d’y goûter.

 

Exarcheïa : l'orange amère de Dimitrios Mastoros et Nicolas Wouters, Futuropolis, 2016, 200 pages (24€)

(Propos recueillis par Benoit Doumont)

 

 

 

 

 

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